Ce n’est pas nous qui le disons !

Pour  Djemila Benhabib, le halal va  très au-delà de la simple question de la viande, dans une stratégie globale de l’intégrisme musulman

Diplômée en science physique, en science politique et en droit international, Djemila Benhabib consacre une partie de son temps à l’écriture. Ses deux livres Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident (2011) et Ma vie à contre-Coran (2009) connaissent un succès fulgurant. Elle intervient régulièrement dans les médias sur des questions reliées à l’islam politique qu’elle dénonce avec véhémence

« Car le halal dit elle, est une espèce de cordon sanitaire qui préserve la « pureté » des musulmans du reste de la société d’accueil. C’est en cela qu’il est devenu un formidable enjeu politique. En définitif, en avouant sa ressemblance avec tous, l’autre n’est plus tout à fait l’autre. On retrouve en l’autre ce qu’il y a en nous. C’est précisément cette ouverture à l’autre que combat férocement l’idéologie de l’islam politique en formatant ses adeptes pour les distinguer du NOUS collectif citoyen »

Malika Sorel Sutter (Valeurs Actuelles du 19 Avril 2012)

Une polémique a éclaté sur la viande halal. Pensez-vous qu’elle soit subsidiaire, comme le disent certains commentateurs ?

« Ceux qui l’affirment, y compris dans le monde politique, n’ont rien compris ou font semblant de ne rien comprendre. Le “halal” est central dans la dégradation de l’intégration culturelle des populations de l’immigration du Sud car il ne concerne pas seulement l’abattage rituel : il s’agit d’une philosophie de vie qui consiste, au travers des concepts de “pur” et d’“impur”, de “licite” et d’“illicite” à bâtir une muraille identitaire autour d’une communauté d’appartenance qui se base sur des principes religieux et non sur les principes républicains.

L’islamologue Gilles Kepel a montré dans un livre récent (Quatre-vingt-treize, Gallimard) que le halal était devenu un des vecteurs les plus puissants de « l’affirmation identitaire ».  Il parle même de « perspective de purification » et attire l’attention sur le fait que l’enjeu du halal, au travers de ce rigorisme, est le « contrôle cultuel et politique » des musulmans par les salafistes et les Frères musulmans, qui se livrent bataille sur la terre de France considérée comme importante au vu des millions de musulmans qui y résident.  La question du halal pose également celle de la dîme qui avait pourtant été abolie à la Révolution française.